
Dans un immeuble parisien, l'équipe de bénévoles de l'association « SOS Détresse Amitié » se prépare pour Noël : madame Musquin attend Pierre pour quitter la permanence encombrée des cadeaux achetés pour ses neveux et doit prendre la route pour Créteil. Pierre arrive enfin. Lui et Thérèse passent le soir de Noël à l'accueil téléphonique et ont prévu de s'échanger des cadeaux ; mais cela est sans compter l'arrivée inopinée de plusieurs "troubles fêtes" qui provoquent des catastrophes. D'abord Josette, une pauvre fille battue par Félix son "ami" et père de l'enfant qu'elle attend qu'elle cherche à quitter sans avoir de point de chute. Ensuite arrive Katia, un travesti dépressif qui appelle et s'impose car il a besoin de présence humaine. Débarque Félix, l'ami de Josette déguisé en Père Noël son petit boulot de saison (l' "ordure" du titre). Et pour finir le voisin du dernier étage : Monsieur Preskovitch qui veut à tout prix leur offrir des friandises de son pays mais celle-ci ont le malheur d'être dégoutantes. Cerise sur le gâteau, madame Musquin se retrouve coincée entre deux étages (à deux reprises).
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J'ai revu ce film il y a deux jours (en tout j'ai dû le voir plus de dix fois, y compris dans sa version théâtrale) car j'avais lu il y a peu de temps une critique qui notait que le film n'était pas drôle. Je n'avais jamais imaginé qu'il puisse y avoir ce point de vue et j'ai donc cherché à noter ce qui pouvait n'être pas drôle.
Certes, sous couvert de scènes comiques, des exagérations, il y a de nombreux thèmes de société qui sont évoqués et qui ternissent les propos légers d'amusement, de flirt.
Le couple Josette / Félix dénonce :
- la précarité : ils vivent dans une roulotte sans confort sur un terrain vague, très peu de revenus (uniquement ses allocations à elle et ce qu'il vole),
- les violences conjugales : Félix tape Josette, l'étrangle,
- le handicap : Josette, d'une certaine façon a un handicap, elle est incapable de se débrouiller seule (cela ne veut pas dire qu'elle est idiote), elle vit dans son monde (autisme léger ?) : elle n'entend pas lorsqu'on lui dit de ne pas toucher au bouton de l'ascenseur par exemple, ou encore elle est incapable de remplir un formulaire (scène très drôle qui est restée dans le langage courant "ça dépend ça dépasse"), elle tire au hasard avec une arme chargée dans l'appartement "pour la vider" et faire en sorte que Félix ne tue personne ;
Le couple Thérèse / Pierre :
- l'adultère : Thérèse est attiré par Pierre qui est marié, madame Musquin évoque même qu'il a une maitresse parce qu'il est toujours en retard...Ils ont prévu de se faire des cadeaux : lui a fait une peinture de Thérèse nue, elle lui a tricoté un gilet tout déformé, au départ pris pour une serpillière mais qui a "deux trous plus grands pour les bras" et qui sera parfait pour descendre les poubelles : voilà encore une des répliques qui a fait la réputation comique du film ;
Katia :
- le rejet parce qu'il est travesti, traité de "sale pédale"... ;
Monsieur Preskovitch :
- l'enquiquineur étranger rejeté qui impose ses gourmandises malheureusement faites de produits de synthèse, des bonbons roulés sous les aisselles (très drôle et là encore phrase culte entrée dans le langage commun) ;
Au téléphone :
- agression sexuelle : appels pornographiques à l'encontre de Thérèse,
- moquerie du bégaiement.
L'ensemble du film est une bonne comédie car il fait rire par ses propos parfois grotesques et apporte en même temps aussi une réflexion sur un état de société, sur les limites que l'on accepte, que l'on s'impose, mais ce n'est pas antinomique.
Josette, que j'ai mis dans la catégorie "autiste", mais elle n'est pas la seule dans le film, tire à travers la porte derrière laquelle se tenait le dépanneur de l'ascenseur : il meurt sur le coup et sans état d'âme Josette et Félix en viennent à découper le cadavre afin d'emporter les morceaux pour les donner aux animaux carnivores du zoo de Vincennes. Cette fin tragique et absurde est imposée par le fait de chercher à éliminer une erreur que l'on ne peut assumer en créant une atrocité pour les uns, mais une sauvegarde / survie pour d'autres.
Malgré tous les aspects "noirs" de ce film, je continue d'apprécier (quasiment chaque année) cette comédie dramatique jouée par des acteurs que j'aime beaucoup.
Je suis certaine que de nos jours, le film n'aurait pas autant de succès que celui obtenu à sa sortie. Il y a tant de films qui aujourd'hui ne "passeraient pas" : pourtant une société est censée évoluer (grandir, prendre du recul, accepter même ce qu'on ne comprend pas) et pas rétrograder, hors j'ai l'impression que c'est ce qu'on est en train de faire.
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